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Parler d’Ecrit

mercredi 18 septembre 2019, par Line Guilleminot


La société actuelle déborde d’écrits mais laisse à la marge une frange de la population qui n’entre pas dans les normes de ce code. Se familiariser avec l’écrit est l’une des conditions essentielles afin de comprendre le mode de communication et de pensée de notre société. Il s’agit par exemple d’apprendre à lire et à écrire pour devenir citoyen. Mais si cette problématique raisonne comme un enjeu majeur auprès des publics non ou peu scolarisés, notre expérience sur le terrain atteste également d’un public allophone scolarisé dans sa langue maternelle n’osant plus se confronter à ce code et qui préfère compenser ou trouver des stratégies plus ou moins efficaces. Ces stratégies de contournement ne font qu’accentuer leur manque de repères (dans la langue et dans l’environnement), empêcher la prise d’initiatives et dégrader le sentiment d’illégitimité au sein de la société d’accueil. Ainsi, l’apprentissage d’une nouvelle langue et plus spécialement de ces compétences écrites, place certains apprenants dans des situations de blocage voire de conflit. L’idée générale défendue au travers de ce projet est une désacralisation du code écrit, majoritairement considéré par notre public comme un obstacle. Bien avant de savoir lire ou écrire, l’entrée dans le monde de l’écrit nécessite une mise à distance de la réalité. C’est ici l’une des principales difficultés de l’écrit, qui sort du cadre habituel de la langue en situation, par rapport à l’oralité. Lire ou écrire impliquent, avant un savoir faire technique, un savoir être cognitif de décentralisation : on parle d’acculturation de l’écrit.

Cette action s’adresse à des jeunes (16 – 25 ans) et des adultes allophones. Un groupe d’une vingtaine de personnes sera constitué dans le respect de la mixité (genres et culture), domicilié principalement à Vandoeuvre avec une ouverture pour des publics de l’agglomération de Nancy.

Objectifs visés : • Identifier des habitudes culturelles au sens très large et en faire émerger des pratiques • Rattacher ces pratiques culturelles à des lieux et structures identifiés du territoire • Découvrir et fréquenter une ou plusieurs structures et associations culturelles de proximité. • Découvrir une structure culturelle de proximité, apprendre à l’utiliser et encourager la fréquentation • Favoriser l’implication des publics dans une dynamique de projet autour des animations culturelles et autres temps forts organisés par la Médiathèque : trouver et prendre sa place. • Développer des compétences orales permettant d’échanger sur ses pratiques et représentations de la culture, et notamment la culture de l’écrit • Mettre en lumière l’univers de l’écrit au travers des différents codes qu’il a pu, et peut encore aujourd’hui revêtir • Aborder l’écrit dans une dimension artistique et encourager les échanges oraux autour de cette pratique culturelle • Eveiller la production écrite par la découverte et la manipulation de codes écrits variés • Défaire des représentations acquises et souvent négatives du code écrit pour faire émerger et valoriser les connaissances présentes et de proximité. • Favoriser l’entrée cognitive dans les apprentissages en compétences écrites du public • Développer des compétences linguistiques liées aux pratiques culturelles mais également au monde artistique • Valoriser des connaissances, savoir-faire en incitant à l’échange, au respect et à la participation • Développer la confiance en soi • Permettre de s’exprimer et prendre la parole pour optimiser l’entrée dans l’apprentissage de l’écrit afin de trouver ensuite sa place dans la société.

Résultats & enjeux : Le premier enjeu est l’identification et la valorisation de pratiques culturelles présentes chez chacun des apprenants. En s’appuyant sur cette mise en lumière à la recherche d’un historique, d’une éducation, d’habitudes ou de centres d’intérêts possiblement très éloignée des représentations classiques et actuelles de la « Culture » nous pourrions resituer l’apprenant au centre du projet. Le projet aborderait ensuite la culture de l’écrit. Nous analyserions des transpositions scripturales qui permettraient aux apprenants de réfléchir à leur propre pratique et représentations de l’écrit : quelles sont les traces de documents écrits présentes dans l’environnement de notre public ? Où trouve-t-on ces documents ? Quels usages en font-ils ? Quels souvenirs en ont-ils ? Pourquoi les utilisent-ils ? Les utilisent-ils encore ? Quels liens affectifs ont-ils avec leur propre code écrit ? Pour quelles raisons utilisent-ils l’écrit dans leur langue ? Ces questionnements permettraient de valoriser et de mettre en lumière leur culture et pratiques autour de l’écrit. Ce constat semble essentiel à prendre en compte afin de permettre aux apprenants de se resituer une nouvelle fois, mais dans le monde de l’écrit.

Dans un second temps, au-delà du signe, la recherche de sens dans l’écrit dans son ensemble devient l’enjeu. De séquences en séquences, en abordant des transpositions scripturales inhabituelles et inédites, le projet permettrait aux apprenants de réfléchir à leurs propres pratiques et représentations de l’écrit dans la langue cible : pourquoi doivent-ils écrire ici ? Pourquoi écrivons-nous ici ? Quels rapports avons-nous à l’écriture ici ? Comment transmettons-nous nos messages ici ? Est-ce que écrire n’est qu’un enchaînement de lettres ? Est-ce que comprendre un message passe nécessairement par la lecture de lettres les unes derrière les autres ? Il est important de faire émerger l’idée que l’écrit est omniprésent mais non pas comme une masse chaotique nous submergeant. Cette prise de conscience pourrait d’abord permettre de reconnecter le signe au sens et vaincre l’arbitraire illogique pour favoriser la manipulation plus ou moins simple du code écrit. Il est enfin important d’ajouter que même si ici l’écrit semble être notre objet d’étude, notre projet s’appuiera tout au long de l’action sur l’oral qui sera notre levier pour désacraliser l’écrit. En effet, un effort particulier serait fait sur l’enrichissement des compétences orales dans la pratique de la langue française. L’écrit deviendra alors un prétexte culturel à l’échange tout en étant l’objectif premier à démystifier car nous avons conscience que dans un processus d’intégration, les compétences orales restent les aptitudes premières garantissant une relative autonomie pour s’exprimer et agir en tant que citoyen.

Ce projet s’articule sur la mobilisation de bénévoles qui seront impliqués dans la conduite de cette action aux côtés des professionnels. Ces bénévoles bénéficieront d’un accompagnement lors d’une formation organisée autour « de la gestion de la diversité culturelle » en s’appuyant sur des ateliers de théâtre interculturel à l’image des actions menées par l’association PASSAGES.

L’enjeu est d’enrichir l’action par la confrontation de pratiques culturelles entre bénévoles et bénéficiaires notamment lors des séances sur les représentations et les pratiques culturelles. Il s’agira également de sensibiliser ces bénévoles à l’accueil et à l’intégration culturelle de public allophone sur le territoire en s’appuyant potentiellement sur des évènements culturels de l’agglomération (Livre sur la Place, St Nicolas, NJP, Festival de chant choral voix du monde, …). Les bénévoles se chargeront d’accompagner les bénéficiaires sur ces événements.

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